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Extrait du livre d’Esteban, le parrain des Sals’Heroes

Extrait du livre d’Esteban, le parrain des Sals’Heroes

Voici un extrait envoyé par Esteban, le parrain des Sals’Heroes, d’un de ses 3 livres sur la salsa, ses voyages et sa vie.

Pour ceux qui ne le connaissent pas vous pouvez en savoir plus sur lui sur cette page 

Trieste (Italie) 5

« Dame! Dame dos! » Donne-moi… Donne-moi deux! Vocabulaire d’initiés.

La Rueda, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, possède une série de figures répertoriées. Oh pas tant que cela. A peine une petite vingtaine, si l’on s’en tient à celles qu’on peut rencontrer aux quatre coins du Globe Salsero.

Car pour les autres, soit l’exécution de tel ou tel nom de passe change selon le pays, voire la ville ou même le quartier de La Havane ou Santiago de Cuba, soit on désigne des combinaisons inventées par des noms qui, cela va de soi, le sont tout autant.

Un peu comme des Amérindiens pouvaient appeler un nouveau-né « Renard agile » si d’aventure le plus rusé des quadrupèdes rôdait autour du tipi natal.

Moi-même il m’arrive de donner des noms de circonstance à mes créations: une légende sur le t-shirt d’un de mes danseurs, un geste ou une parole du moment, un fait d’actualité, une historiette… Rarement un renard.

Je n’en tire nulle gloire et n’éprouve aucune honte. C’est la règle tacite du jeu.

Je me souviens qu’en France, plus précisément à Marseille, une école avait tenté d’unifier le langage « ruedesque ».

Louable effort. Voué dès le départ au plus cuisant échec.

Comme dirait le Palois d’adoption, le très puriste Javier Pompa, natif de l’est de l’île: « la salsa est une expression populaire en constante évolution et qui ne souffre pas de tous ces carcans rassurants dont sont friands les Européens! »

Je paraphrase mais sans dénaturer. Mon ami a le sang bouillant. Je peux me targuer d’être un des deux seuls non-cubains qu’il ait invité à enseigner dans son école.

L’entreprise marseillaise du tout début du siècle s’étant avérée un fiasco, comme on pouvait s’y attendre, il n’y en eut plus depuis. Du moins à ma connaissance.

Avouons tout de même que les méridionaux ne manquaient pas de culot. Vouloir se substituer aux Caribéens dans l’élaboration d’une sorte de charte de la salsa, laquelle n’avait peut-être même pas effleuré l’esprit de ces derniers! Ils exagéraient!

Quelle était la taille du renard, déjà?
Un mètre cinquante, vous dites?…
J’explique tout cela aux élèves attentifs, en omettant la moquerie, pas bien méchante peuchère! Les Italiens pourraient renchérir et s’en donner à cœur joie sur la rivalité transalpine.

Étranger à ces conflits que d’aucuns font remonter, non pas au coup de tête de Zidane sur Materazzi ni à Mussolini mais aux guerres d’Italie menés par les souverains français au XVIe siècle, je continue mon cours.

De salsa, pas d’histoire.

J’ai paraît-il tendance à trop « partir sur les branches » -traduction littérale de l’expression espagnole, je ne suis pas convaincu par l’équivalent français proposé: tourner autour du pot-, à trop digresser jusqu’à perdre quelquefois de vue le sujet principal.

Je m’en tiendrai à la danse, promis.

Entre deux enchaînements réalisés sans et en musique je leur parle des influences espagnoles dans la rumba et françaises dans le Son, de Caruca et Rosendo qui lancèrent véritablement la Rueda dans les années 70-80 à la télévision cubaine, des progrès que l’on fait, concernant le style, quand on apprend à évoluer « en una baldosa », sur une dalle.

Et pour illustrer l’importance de l’amusement dans la salsa, par opposition à la jactance de beaucoup de ses représentants, je leur raconte une anecdote:
en 2004, lors de la Coupe du Monde de salsa en Suisse, à Olten, mon élève Sophie Stöckli et celui qui deviendrait ensuite un des danseurs de ma troupe, Karim Faïd, réussirent l’immense exploit de se qualifier pour la finale.

Nous parlons bien d’une finale de Coupe du Monde. D’un aboutissement pour un danseur. D’une occasion qui peut ne plus jamais se représenter. Et c’est dans un tel contexte que Karim allait laisser pantois les spectateurs, les juges et les autres concurrents en revêtant, tenez-vous bien, le costume de clown!

Chaussures géantes, maquillage, nez rouge et le toutim. Il avait tout prémédité. Au cas où il se qualifierait. Il avait confiance en lui. Au point de s’assurer lui-même la défaite. Pour faire triompher les valeurs qui lui tenaient à cœur.

Il s’en trouve, à ce jour, pour encore parler d’irrespect. Quant à moi j’y vois le plus parfait pied de nez au nombrilisme et à l’infatuation. Et au sérieux compassé qui s’attaque à l’esprit comme au corps l’ankylose. L’histoire me semblait porteuse d’enseignements. Les élèves apprécient, il y en a même qui applaudissent.

Mais j’ai failli à ma promesse.

Encore une fois, je n’étais pas en train de leur parler uniquement de danse.

http://www.editions-elzevir.fr/auteur/esteban-isnardi

estebn

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