Sals'Heroes Salsa Strasbourg devenir prof de salsa
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Fais prof de salsa…

Fais prof de salsa…

… ou tu as raté ta vie de salsero.

Cher lecteur : Peut-être battras-tu le record de l’article le plus long que tu aies lu, sans t’endormir avant la fin. Mais avant de te lancer dans une telle aventure, prévois un bon café ou, mieux, de la drogue. Si tu partages ta vie avec un mâle ou une femelle, fais attention car il ou elle  pourrait se sentir abandonné(e). Voir pire si parfois tu ris à la lecture de cet article.
Sache cependant que grâce à un ingénieux système de titres de chapitre, tu pourras lire cet article en plusieurs fois. Ce dernier traite de la profession d’enseignant de salsa selon différents points de vue et problématiques (l’élève, le professeur et un regard extérieur). Ainsi, plusieurs sujets sont abordés et regroupés au sein d’un même article.
Afin d’aider à rendre ce récit encore plus réel et proche de vous, certaines personnes sont mentionnées. Vous verrez, elles sont gentilles. Vous pouvez même les inviter à danser en soirée.
Bien que l’action se déroule implicitement à Strasbourg et dans ses alentours,  cet article  fait aussi référence à d’autres lieux.
Enfin, ce qui est écrit  est tout aussi valable pour d’autres danses.
Ainsi, c’est plutôt une vision large de la danse qui y est explorée.
Bonne lecture… et surtout bonne chance.

 

1- Présentations

mi2

J’attendais dans une salle relativement glauque entourée de mâles.

UN HOMME EN COSTUME NOIR fait son entrée et prend la parole  :

Bonjour. Je suis responsable de ce cycle de formation consacré aujourd’hui à la professionnalisation dans le secteur du… (il fouille dans ses papiers). Ah oui voilà. Donc, je disais, à la formation au métier de professeur de salsa. (Il lève enfin les yeux.) Je vois que c’est la grande mode en ce moment vu le monde dans la salle.  Bref ! Nous allons débuter par un tour de table pour que vous nous présentiez vos motivations. Ensuite je vous ferai un bilan de la situation et je vous donnerai quelques conseils pour devenir professeur de salsa ou améliorer votre enseignement.

 

ALEX : Bonjour, je me présente : Kwikwshi. Celà veut dire « le geai bleu », en algonquin. C’est un chef indien qui m’a donné ce nom.

L’HOMME EN COSTUME NOIR : Bien. Bonjour KwiKwishoui 

ALEX : Non, Kwikwshi !

L’HOMME EN COSTUME NOIR  Oui, oui,  Monsieur Kikiwi ! 

ALEX : Non ! KwiSHi avec un SH !!!!!!

L’HOMME EN COSTUME NOIR : Kwishiwi…

ALEX : KWIKWISHI !!!!

L’HOMME EN COSTUME NOIR : KWIKZIZI ?

ALEX : …..

L’HOMME EN COSTUME NOIR : KIKI ?

ALEX : Vous l’faites exprès ? 

L’HOMME EN COSTUME NOIR : Non! Mais comment voulez-vous devenir professeur de salsa avec un pseudo pareil ?! Personne n’arrivera à le prononcer et du coup personne ne viendra à vos cours. Pour plus de facilité, on vous appellera Alex. Et si vous tenez absolument à ce pseudo ridicule, vous pourrez à la rigueur en utiliser une partie, mais en changeant ou en enlevant des lettres… beaucoup de lettres.

ALEX : (soupir)… Voilà, alors la bachata franchement, sans plus! J’en peux plus !  Je compte donc faire une reconversion dans la salsa.  

L’HOMME EN COSTUME NOIR : Je comprends. Merci Alex. Rassurez-vous, vous êtes au bon endroit.  Au suivant.  

MANOLITO : Bonjour!
Il se lève pour faire la bise à chaqu’un de nous. 

L’HOMME EN COSTUME NOIR : ?

MANOLITO : :-*

L’HOMME EN COSTUME NOIR : !!

MANOLITO : :-*

L’HOMME EN COSTUME NOIR : …

MANOLITO : 😉

L’HOMME EN COSTUME NOIR : ??

MANOLITO : :-*

L’HOMME EN COSTUME NOIR : oO

MANOLITO : :-*

L’HOMME EN COSTUME NOIR esquive, par un pal piso digne d’un Néo dans le film Matrix, puis réajuste sa cravate.


MANOLITO :
Je m’appelle  Manolito. Je détiens d’ailleurs le record de Just Dance.  En salsa, j’arrive à décortiquer toutes les passes et à les ré-assembler comme je le désire, un peu comme des légos. D’où mon pseudo! Vous savez, comprendre comment cette danse est construite est très important pour y apporter de la créativité.

manolito

 

SAMBA : Samba. Voilà, avant les gens pensaient à tord que je faisais de la samba. On voulait me torturer avec des plumes. Les mentalités ont changé, mais pas autant que je l’espérais…  Maintenant, on m’a catalogué prof de semba. Je me bats contre les préjugés et je souhaite qu’on me reconnaisse pour ce que je suis,  prof de salsa.

  samba

 

L’HOMME EN COSTUME NOIR :  Bien, Samba ! On va trouver une solution. Ne vous inquiétiez pas. Passons au suivant.  

 

CAZUZA : Cazuza. Eu sou de Angola. Você sabe que ele pode ter lá da salsa no kizomba?

L’HOMME EN COSTUME NOIR : Désolé, je ne comprends pas le… bref, ce que vous parlez.

CAZUZA :  É importante a cultura de língua portuguesa !

L’HOMME EN COSTUME NOIR : Permettez-moi de vous dire que votre français est relativement moyen ou alors vous avez un fort accent. Et si vous voulez faire prof de salsa ici, va falloir vous améliorer en français !

CAZUZA : Você não me entende?

L’HOMME EN COSTUME NOIR : Ne me poussez pas à bout !! (Il réajuste sa cravate) Parlez français !!!

CAZUZA :  A gauche à droite, droite à gauche, à gauche à droite, droite à gauche…

L’HOMME EN COSTUME NOIR : ….

 

cazuza

 

Étant la seule à ne pas m’être encore présentée, je décide alors de prendre l’initiative.

– Bonjour. Je m’appelle Miss Purple. Heu… voilà, j’suis atteinte de salsamania. J’ai vu des spécialistes qui m’ont conseillé de faire prof de salsa.

 

2- Toi aussi tu peux faire prof de salsa

L’HOMME EN COSTUME NOIR :  Très bien ! Sachez tout d’abord qu’il n’y a pas d’expérience minimale à avoir pour être prof de salsa.

Je pousse un « ouf » de soulagement.

L’HOMME EN COSTUME NOIR : En effet, il n’y a pas diplôme de professeur de salsa et n’importe qui peut prétendre l’enseigner. S’il y avait un diplôme reconnu universellement par tous les professionnels de la danse, ce serait l’idéal. Mais ce n’est pas le cas ! De ce fait, tout un chacun peut s’installer comme professeur de danse. De toute façon, comme pour beaucoup de diplômes, un diplôme en danse de couple sanctionne certaines connaissances à un instant t et ne prouve malheureusement pas l’expérience en tant que danseur. Et puis les danses sont nombreuses, évoluent sans cesse et différentes philosophies s’y côtoient. Impossible de vraiment tout connaître pendant un tel cursus.

Et vous imaginez bien que s’il fallait un diplôme, il y aurait bien moins de monde dans cette salle… (Il lève les yeux)… et, moi-même, je me retrouverais peut-être au chômage. (Il pousse un « ouf » de soulagement)

 Il faut donc s’approprier l’esprit de la salsa, les différentes et nombreuses techniques de guidage, ses passes variées (voire infinies) et ses diverses influences.

 

origine_salsa

Cuba, le berceau de cette danse, est un immense laboratoire d’expérimentation. La salsa évolue et les cubains eux-mêmes ne sont pas toujours d’accord entre-eux. Différentes visions et philosophies se côtoient. L’une n’est pas forcément plus mauvaise que l’autre. Pouvoir s’approprier la salsa cubaine nécessite une grande connaissance et beaucoup d’ouverture d’esprit.

 3- Mais c’est quand  même mieux si tu es un bon danseur…

 

Il est préférable qu’un prof de salsa soit aussi un bon danseur. Un enseignant doit en savoir plus que ses élèves. En effet, comment voulez-vous transmettre quelque chose que vous ne maîtrisez pas ? Un bon danseur pourra utiliser ses connaissances et son expérience pour répondre plus facilement aux questions des élèves avec précision. Il aura une technique plus aboutie et une culture plus importante. Il pourra aussi anticiper et donner des bases solides ainsi que des règles : Suis ton bras ! Garde ton cadre ! etc… Grâce à son expérience, il aura une vision plus large de la danse. 

De plus,  il ne suffit pas de savoir enchaîner des passesDanser en fonction de la musicalité, jouer avec l’autre, sont des éléments encore plus importants. Regardez comment dansent les cubains !

Très souvent, dans nos contrées, on a l’impression que les gens dansent sans même se soucier de la musique, en ne faisant qu’enchaîner des passes. Pour beaucoup, peu importe que ce soit une musique porto ou une cubaine, qu’il y ait des breaks, des passages mélancoliques ou d’autres plus rythmés. Cela dit, je ne prétends pas qu’il soit interdit de danser une cubaine sur de la porto ou réciproquement. Cela peut même être une bonne idée… à condition que votre danse soit en phase avec la musique…

N’oubliez pas qu’un bon danseur est aussi un instrument de musique. Il doit faire vivre la musique à sa cavalière par l’intermédiaire de son propre corps. Par conséquent, un bon professeur devra sensibiliser l’élève à la musicalité. Enseigner n’est donc pas simplement transmettre la connaissance des passes.

Se sensibiliser à la musicalité, savoir jouer avec son partenaire, nécessitent de l’expérience et un certain état d’esprit. Cela s’acquiert avec le temps. Ce n’est ni facile, ni forcément à la portée de tout un chacun.

 

4- Etre un mauvais danseur, c’est grave doc ?

 

A contrario, le professeur n’ayant que peu d’expérience n’aura forcément qu’une vision limitée et pas encore mûrie. Il ne saura probablement pas répondre correctement à toutes les questions et les élèves auront ainsi du mal à atteindre un bon niveau et de bonnes bases. Or, modifier les mécanismes appris peut être un processus très long et contraignant. De plus, sachez que la connaissance d’une panoplie de passes ne suffit pas si on n’arrive pas à les guider correctement et avec précision. Vos élèves prendront exemple sur vous. Ils vont reproduire ce que vous faites. Par exemple, ils auront un guidage dur si le vôtre l’est également. Si vous leur enseignez des erreurs, ils vont les reproduire. Si vous n’êtes pas précis dans les déplacements, les directions, la tenue du cadre, la réactivité ou la connexion, vos élèves le seront aussi, sans même s’en rendre compte. Certains mouvements, mal exécutés, peuvent aussi blesser. Et, très souvent, les élèves n’osent pas le dire et souffrent en silence… ou plutôt sur une belle musique de salsa (Un petit sourire se lit sur son visage)

C’est pourquoi des cavaliers(ères) peuvent avoir un niveau « léger » alors qu’ils sont persuadés d’être de bons(nes) danseurs(ses), étant dans des cours officiellement d’un niveau intermédiaire ou avancé.

 Imaginant tous mes rêves s’écrouler, je demande timidement :

 

 5– Ok, je suis une brêle en salsa, mais est-ce que
j’peux quand même donner des cours ?  

L’HOMME EN COSTUME NOIR fouille dans ses papiers pendant quelques secondes qui me paraissent des heures avant de dire :

– Ne vous inquiétez pas Miss Purple, c’est écrit ici : l’élève peut apprendre de partout!

Ainsi, quel que soit le cours qu’il suit, l’élève en tirera quelque chose de positif. Cependant, parfois il est difficile de savoir ce qu’il faut garder ou non, surtout quand on est débutant.

Pour l’élève débutant qui découvre la salsa, les profs en question semblent avoir la science infuse. 

Surtout que certains se considèrent, même à tort, comme étant très bons. N’oubliez pas que quelques heures de cours de danse peuvent faire illusion et faire de vous une star devant un public n’y connaissant rien. Cependant les élèves peuvent vite progresser et ainsi dépasser le niveau du professeur qui, lui, évoluera moins rapidement car il ne prend plus de cours et n’a pas le temps d’aller en soirée.

Ces mots me réconfortent. Je me dis que je peux faire illusion. Un rêve traverse mon esprit : celui de me voir sur une scène, telle une magicienne, faisant des passes devant un public de mâles débutants qui se jettent à mes pieds.

« En plus, je maîtrise le Kentucky ! Et puis j’ai une forte poitrine ! » m’exclamais-je.

L’HOMME EN COSTUME NOIR : Parfait ! Avoir du charme n’est pas négligeable ! Et avec votre poitrine, vous arriverez peut-être à hypnotiser vos élèves… ou alors à les assommer.

De plus, grâce à votre connaissance poussée du Kentucky, vous pourrez peut-être faire illusion. Sinon, enseignez des variantes ou revenez sur des passes dont vos élèves ne se souviennent plus. D’autres solutions peuvent être : la rétention d’informations, la multiplication des cours pour les débutants ou encore l’enseignement d’autres danses, parfois inconnues. Afin d’avoir un plus grand effectif, le regroupement des élèves de niveaux différents peut aussi être envisagé. Cependant, si la différence de niveau est trop grande, vous risquez de démotiver vos élèves : ceux des niveaux supérieurs estimeront ne plus avancer et ceux des niveaux inférieurs se sentiront complètement dépassés. Ainsi, vous risquez de les perdre. Parfois, il vaut mieux faire le choix d’un cours cohérent, avec un plus petit effectif, mais qui pourra servir de « vitrine » et inciter un bouche à oreille positif, plutôt qu’un cours à plus grand effectif mais démotivant de nombreux élèves.

Enfin, vous pouvez enfermer vos élèves et les attacher. Avec un peu de chance, au bout de quelques semaines, ils développeront le Syndrome de Stockholm.

Et puis, en salsa vous avez aussi YouPorn YouTube. Il peut vous sortir très souvent d’un mauvais pas… de salsa. (il esquisse un léger sourire)

Vous pouvez aussi enseigner dans un endroit paumé où il n’y aura que peu de concurrence. Ainsi vos élèves, ne pouvant connaître autre chose, vous resteront fidèles. Et même s’il commence à y avoir de la concurrence, l’effet d’appartenance à un groupe, surtout si vous l’avez consolidé, la peur du changement et de l’inconnu, vous seront bénéfiques. Ainsi vous garderez toujours avec vous un noyau dur qui vous restera fidèle jusqu’à la mort, sauf si certains veulent devenir prof de salsa. (Rires)

Quant aux différentes passes de salsa cubaine, même si elles peuvent être nomenclaturées, elles ne sont pas forcément les mêmes d’un professeur à l’autre. Vous avez donc la liberté d’enseigner « à votre manière ».

Au pire, Miss Purple, évitez simplement les soirées salsa fréquentées par vos élèves afin de ne pas risquer vous couvrir de honte. (Rires)

Vous trouverez toutes ces solutions et astuces, et bien d’autres choses, dans le livre « Comment survivre et faire illusion en professeur de salsa quand on est une brêle » que nous vendons pour la modique somme de 150€. Cependant, notez que nous sommes actuellement en rupture de stock.

Ce qu’il vient de me dire, à savoir que je peux donner des cours sans pour autant y perdre ma dignité, me donne le sourire.

L’HOMME EN COSTUME NOIR :

Chaque année il y a de nouveaux prétendants qui veulent enseigner. Certains deviendront de très bons professeurs. D’autres non !

 

6-  Le niveau en danse ne fait pas tout, enseigner avec pédagogie est aussi très important.

Pédagogie ? J’imagine alors une femelle plantureuse enseignant à ses cotés. Je réagis aussitôt :

– C’est qui cette pouffiasse ?

L’HOMME EN COSTUME NOIR : Heu… non, Miss Purple ! Ce que je veux dire, c’est qu’être uniquement un bon danseur ne suffit pas. Dans un cours, la pédagogie, la façon d’appréhender et de transmettre son savoir, compte pour beaucoup. Se remettre en question, aussi, est important, afin de faire évoluer sa propre pédagogie. Ainsi soyez réceptif au feedback de vos élèves. Leurs retours vous aideront à vous améliorer. Testez vos idées, évaluez-les et améliorez-les, encore et encore. Parmi elles, quelques unes fonctionneront dans des contextes donnés, d’autres non. Enseignez d’une façon simple à vos élèves. Donnez-leur des informations facilement applicables, compréhensibles et mémorisables.

Sachez qu’un élève lambda ne retient qu’environ 30% d’un cours.

Vous pouvez fournir une vidéo ou autoriser vos élèves à filmer la passe du cours afin qu’ils puissent réviser et mieux se rappeler ce que vous leur avez transmis. En effet, à la longue, ils peuvent oublier ce qu’ils ont appris. C’est même une bonne idée pour éviter un possible sentiment de frustration, voire de perte de temps, qu’ils pourraient éprouver ! De plus, cela peut contribuer à bien ajuster le niveau du cours et à le tirer vers le haut. De toute façon, il est assez difficile de refuser ce genre de demande, souvent justifiée, a fortiori si l’élève a payé le cours. Et si vous avez peur d’être copié, demandez-leur de ne pas diffuser la vidéo. Mais même s’il y a des fuites, la copie ne vaut jamais l’original ! De plus, la diffusion de ce que vous faites contribuera à vous faire de la publicité, les personnes préférant toujours apprendre à la source.

Enseigner est donc un long processus d’apprentissage.

Faites des erreurs, corrigez-les. Vous progresserez doucement, avec le temps.

Ne pensez pas que vous êtes supérieur à vos élèves car ils peuvent beaucoup vous apporter si vous y êtes ouvert.

Certains sont motivés et parfois même talentueux. Ceux-ci peuvent apprendre vite et facilement. Votre travail sera ainsi facilité. A contrario d’autres peuvent être en difficulté, mais cependant motivés et persévérants. Vous devrez alors les encourager et vous adapter à eux, les aider à améliorer leur capacité d’absorption de l’information.

De plus, avoir un handicap, quelle que soit sa nature, nécessite une adaptation de votre part et vous apportera une grande expérience, professionnelle mais aussi personnelle. Ne croyez pas que la personne qui en est atteinte n’arrivera jamais à un certain niveau. Ce serait un préjugé qui pourrait s’avérer bien trompeur.

Cependant, ne pensez pas non plus que vous allez pouvoir modeler vos élèves avec votre philosophie ou la leur transmettre, aussi belle soit-elle. Vous risqueriez d’être déçu. En effet, les motivations pour faire de la salsa peuvent être variées et plus ou moins louables. Enfin, soyez toujours respectueux de l’élève et cela passe aussi par la sincérité.

Ainsi, n’hésitez pas à réorienter votre élève vers un autre niveau ou d’autres cours qui lui seront plus bénéfiques. N’acceptez pas n’importe quoi dans vos cours car vous y perdriez en homogénéité et en cohérence. Apprenez à dire non. L’élève doit aussi trouver le cours qui lui convient.

De toute façon un élève dans un niveau intermédiaire ou avancé vient souvent d’ailleurs et ira souvent voir d’autres professeurs par la suite.

C’est au professeur de gérer son cours. Il ne doit pas hésiter à refuser des personnes afin de garder une certaine homogénéité de l’ensemble.

Et surtout n’oubliez pas : « Il y a un cours pour chaque élève et vous aurez les élèves que vous méritez ! »

 

7 – J’veux être reconnue !

 Pensant au succès qu’avait Jennifer dénuée de boutons, je demande :

– Dites, j’pourrai aussi signer des autographes et avoir des mâles virils à mes pieds ?

L’HOMME EN COSTUME NOIR : Le jour où vous serez prof de salsa, vous deviendrez une des personnes « connues » de la salsa. Mais cela peut rendre les débutants timides. Ils auront peur de vous inviter à danser en se disant que leur danse sera analysée et qu’ils seront jugés. Certains s’imagineront même qu’on les assommera à coups de mojitos.

De plus, les regards convergeront vers vous. Mais attention, car si vous avez des casseroles, vous risquerez de finir sur le feu !

– Ouille !

– Oui, ce n’est pas dénué de risque… Comme quand on écrit des articles…

– Oups !

– Les gens parleront de vous, vous attiserez aussi la jalousie.

L’HOMME EN COSTUME NOIR me regarde de la tête aux pieds et me dit :

– Quant aux mâles virils à vos pieds….Mm…

– Mm ?

– Mmm…

– Mmm ?!

– Mmmm…

– Mmmm ???

– La meilleure solution étant encore le croche-pied.

– …

– Désolé !

Certains, en effet, ont davantage la motivation d’être reconnus ou d’avoir du pouvoir que celle de transmettre un savoir ou de partager la danse.

– Avoir du pouvoir ? C’est vrai que j’ai entendu dire qu’il y a des gens qui ont des pouvoirs en salsa. Moi aussi j’veux des pouvoirs ! Des supers pouvoirs de super héros !

 

8- Un pouvoir, quel qu’il soit, implique des responsabilités

L’HOMME EN COSTUME NOIR :

Oui, mais peut-être pas le pouvoir que vous imaginez. Vous aurez un pouvoir important, d’une grande valeur : celui de transmettre la danse aux gens et de leur faire vivre de beaux moments. Mais vous aurez aussi des responsabilités.

En tant que professeur, vous devez aussi montrer l’exemple. Jouez la carte de l’honnêteté. N’hésitez pas à dire non quand cela est justifié. Vous gagnerez en respect !

N’oubliez pas que vous vous engagez aussi à vous libérer sur de longues périodes pour donner des cours. Laissez vos problèmes de côté. Ces derniers ne doivent pas être visibles par l’élève et votre cours doit être fait dans les meilleurs conditions.

En soirée, invitez les gens quel que soit leur niveau. N’utilisez pas votre statut de professeur pour donner un cours sur la piste et casser ainsi la danse. Respectez les autres, encouragez vos élèves à sortir et aussi à aller voir ce qui se fait ailleurs. Gardez de bonnes relations avec les différents acteurs du milieu, sans pour autant être hypocrite. Et évitez de coucher avec vos élèves !

– Oh ?

– … Ou alors que cela ne se voit pas trop.

– Ouf !

Puis s’adressant à toute la salle :

– Ne vous montrez pas non plus trop sûr de vous ou hautain. Créez des événements ouverts afin de permettre un échange entre les personnes des différentes associations. Évitez l’esprit de compétition ou de concurrence. Préférez à ce dernier l’esprit du partage.

Être prof implique aussi la responsabilité de son propre comportement, que ce soit pendant les cours ou en dehors, lors d’autres cours ou soirées.

Par exemple, manquer de respect à quelqu’un, ignorer ou blesser une personne, profiter de la gentillesse ou de ce que l’autre peut vous apporter, ne pas être reconnaissant, voire pire, entacher la réputation de quelqu’un et faire naître des rumeurs…

Un mauvais comportement serait colporté et cela ferait rapidement boule de neige sans que vous puissiez contrôler quoi que ce soit.

Vous risqueriez alors d’être emporté par l’avalanche si ce n’est par la montagne elle-même…

L’image que vous donnez de vous quand vous êtes professeur est importante car elle peut servir de modèle à beaucoup.

Il lève les yeux. Un soupir dans la salle se fait entendre. Je prends la parole :

– Ça tombe bien, j’me maquille tous les jours et j’fais attention à mon teint.

 

9 – Les préjugés et toussa

L’HOMME EN COSTUME NOIR : Heu… Ok…. Bien. Miss Purple, avez-vous des origines cubaines ?

– Heu… non ! Pourquoi ?

L’HOMME EN COSTUME NOIR : Avoir des origines latines est un PLUS dans ce métier et peut même vous dispenser, dans certaines conditions, d’avoir appris la salsa ! 

prof de salsa modele Le professeur idéal de salsa pour de nombreuses salseras 

Un peu comme un Français qui irait ouvrir un resto au Japon en se faisant passer pour un bon cuisinier, sous prétexte que la France a une bonne image dans ce domaine. Avoir des origines cubaines n’implique pas forcément de savoir danser la salsa ou d’être un bon professeur. Il faut faire attention aux idées reçues… Par exemple, Alex, vous êtes chinois, et ce n’est pas pour autant que vous mangez du chien !

ALEX : Heu non, j’ suis pas chinois…

L’HOMME EN COSTUME NOIR : Ce n’est pas grave, personne n’est parfait. Mais arrêtez de manger des chiens !

ALEX : Heu… je ne mange pas de chien !

L’HOMME EN COSTUME NOIR : Chien, chat, rat, qu’importe ! Ce n’est pas bien !

ALEX : …

10 – Plus on est de fous plus on rit

L’HOMME EN COSTUME NOIR : Sachez aussi qu’il est plus intéressant d’être à deux pour donner des cours de salsa. En effet, pour chaque rôle, il y a un enseignement et un ressenti spécifique. Connaître aussi bien ce que doivent faire la cavalière et le cavalier nécessite un apprentissage encore plus complet et complexe.

Si vous enseignez seul pendant vos cours, vous devez être capable de changer de rôle afin de pouvoir mieux sentir ce que l’autre fait et lui montrer, qu’il soit guideur ou suiveur, et pouvoir corriger ses erreurs.

Pour comprendre l’autre il faut devenir l’autre. Ceci est important pour n’importe quel danseur ou danseuse et devient primordial quand on est professeur.

De plus, annoncer une rueda en étant attentif à ce que l’on fait, à son partenaire et à ce qui se passe autour n’est pas facile. Et encore moins quand on l’annonce en se tenant à l’extérieur. Avoir ainsi un autre regard pendant le cours peut vous aider.

Miss Purple, avec qui allez-vous faire vos cours ?

– Heu… je ne sais pas… faut dire que… heu…

– Vous n’avez pas un petit copain en salsa ?

– Heu… c’est une longue histoire…

– Personne ???

– Un godemiché ça compte ?

– Non pas trop. Réfléchissez pour trouver quelqu’un. Je peux vous proposer une liste de cavaliers.

Je me tourne vers Samba. C’est un excellent danseur. En plus, avec mon fantasme du black baraqué, je me dis que je pourrai faire d’une pierre deux coups. Voyant mon regard se perdre sur lui, il prend alors la parole :

– Merci… mais… je n’ai pas besoin de quelqu’un… Et j’ai déjà une place au soleil : Marseille est une belle ville ! (rires). Moi mon problème c’est la semba et heu…

CAZUZA : Semba !!! Gauche à droite, droite à gauche. Danseeeez !!!

L’HOMME EN COSTUME NOIR : Ne dites plus rien, Samba. Vous avez réussi. Et puis, en vivant dorénavant à Marseille, vous vous rapprochez de l’Afrique. On danse beaucoup la semba là-bas. De quoi vous plaignez-vous ?

SAMBA : Et pourquoi pas la kizomba pendant que vous y êtes ?

CAZUZA : Kizommmmmmmmmmmmmmmba !!!! Marqua ! A gauche à droite, droite à gauche. Danseeeeeeeeeeeeeeeeeeeeez !!!!!!!

Gros yeux écarquillés d’Alex et de Manolito. Des gouttes de sueur apparaissent sur leurs visages.

L’HOMME EN COSTUME NOIR : Soyez content Samba, ce sont des danses qui prennent de plus en plus d’importance. Vous êtes ainsi à la pointe de ce qui passe en soirées et vous pourrez danser sur tout ! Et puis, ne vous plaignez pas, vous auriez pu être catalogué dans d’autres danses comme le Hoi Hoi ou que sais-je ?

Je vois mon fantasme du beau black baraqué prendre un train pour Marseille, me laissant ainsi seule sur le quai. Je décide qu’alors, j’irai noyer mon chagrin en m’achetant une collection entière de chaussures de danse.

A ce propos je demande :

11 – Dites ça paye bien prof de salsa ?

L’HOMME EN COSTUME NOIR :

Ah non ! Il y a peu de chance que vous deveniez riche.

Vous avez plusieurs options en ce qui concerne la tarification : cours à l’unité, abonnements ou gratuité.

La gratuité peu casser « le marché ». Parfois elle est utilisée pour des cours de découverte afin de faire venir plus facilement les gens. Il est évident que la gratuité encourage la demande… Mais pas forcément toujours la qualité !

Concernant les cours à l’unité, on en trouve très souvent dans des bars, mais pas uniquement.

Enfin, il est aussi possible de donner des cours particuliers. Ces derniers permettent de mieux s’adapter à l’élève et, de ce fait, sa progression est beaucoup plus rapide. Très souvent on dit qu’un cours particulier correspond à 5 ou 6 cours collectifs. D’ailleurs, les prix tiennent compte de cela.

Quant au système d’abonnement, il permet à l’élève de réduire le prix unitaire du cours et aussi de le rendre plus fidèle, facilitant ainsi l’homogénéité du niveau. Cependant le coût de l’abonnement peut être une somme importante à débourser en une seule fois.

Quelle que soit la solution que vous choisissez, évitez cependant de faire prof de salsa par intérêt financier. Cela pourrait se voir et conduire à des dérives sur le prix de vos cours et sur leur qualité. La plupart des professeurs ont un autre métier à côté, car vivre de la salsa est très difficile.

Toutefois, quelques professeurs se sont mis à leur compte avec réussite, pour vivre de leur passion, mais au prix d’une prise de risques et d’un investissement très important.

En revanche, certains professeurs de salsa ne sont pas rémunérés car ils enseignent dans des associations à but non lucratif dont ils sont eux-mêmes membres. L’argent récolté est alors utilisé pour faire vivre l’assoc’.

Quelle que soit l’option tarifaire, la qualité du cours dépend avant tout du professeur et non de sa tarification.

 

12 – Le lieu : la salle, le bar ou si ça se passe mal, à défaut DTC

Après il faut aussi trouver un lieu. Vous avez plusieurs possibilités : une salle à louer ou un espace prêté par un bar.

La salle a l’avantage de vous donner une certaine sécurité, un meilleur contrôle. Vous y faites ce que vous voulez. Vous n’avez que peu de chance d’être viré, à moins d’être schizophrène et de décider de vous virer vous-même. (Sourires)

Cependant, louer une salle coûte cher. Difficile à rentabiliser si vous n’avez que peu d’élèves ! D’ailleurs sachez qu’au fur et à mesure de l’année votre effectif diminuera. Toutefois, grâce au statut associatif, vous pouvez payer bien moins cher les locations de salle. Par contre, le mode association ne vous permet pas d’être rémunéré…

Enfin, la salle permet souvent d’avoir plus d’espace que dans un bar. Les cours peuvent donc y être dispensés plus facilement et plus agréablement.

Le bar a l’avantage d’être un lieu convivial où des liens peuvent aisément se créer autour d’un verre pendant la pause et/ou d’un repas après le cours. On peut éventuellement aussi y danser après les cours.

Cependant, dans un bar, vous devrez faire preuve d’une plus grande autorité et rendre vos cours carrés afin d’empêcher que vos élèves ne soient dissipés par des bruits ambiants ou des allées-venues.

Mais le bar permet de trouver un lieu à moindre frais. Ce type de lieu est donc très convoité et la concurrence est rude. Parfois même, tous les coups semblent être permis.

Enfin, dans un bar vous êtes tributaire du lieu, de ses fréquentations et de sa gérance. Très souvent, donner des cours dans un bar est un échange entre les différents protagonistes : élèves et profs de salsa qui font vivre le lieu et le gérant qui le met à disposition. Mais parfois le gérant attend beaucoup et les salseros ne sont pas forcément grands consommateurs. Les relations risquent alors de se détériorer et il peut vous pousser vers la porte, en commençant parfois à introduire des conditions de plus en plus contraignantes pour vos cours (changement d’horaires, prise d’une part de votre rémunération, etc. …). Vous pouvez rapidement vous retrouver à la rue….  

 

 Le mieux étant donc de trouver un bar où le gérant n’attend que peu de choses.

Bar ou salle, une solution n’est pas forcément meilleure que l’autre.

Chaque lieu comprend avantages et inconvénients. Un bar n’est pas fatalement synonyme de cours au rabais. Certains profs très talentueux y officient avec des cours de grande qualité. Et, réciproquement, donner des cours dans une salle louée n’est pas pour autant gage de qualité.

La qualité du cours, son sérieux, dépend avant du professeur et non du lieu.

Dénicher un lieu à un prix abordable est très difficile. Sans compter qu’il faut perdurer, ce qui n’est pas toujours évident.

 J’ai une liste de quelques endroits pour donner vos cours.

 Tenez Alex et Manolito, vous m’avez l’air d’être très motivés. Je vous propose donc pour une expérience très forte dans le bar « Tape Pas Trop Haut»

 

alex

 

Un grand courant d’air se fait sentir dans la salle. Alex et Manolito viennent de quitter brusquement la salle. Une de leurs chaises, continue à vaciller mais finit par tomber, tout comme l’autre.

L’HOMME EN COSTUME NOIR réajuste sa cravate puis me regarde et me demande :

– Et vous Miss Purple, vous n’êtes pas intéressée ?

C’est à ce moment-là que je me remémore tout ce qui vient d’être dit, et jusqu’à mon enfance. Considérant que je suis encore trop jeune pour vivre une telle expérience je dis :

– Heu… Et DJette, que faut-il faire pour être DJette ?

Purple’ment Vôtre Miss P.

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