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La SalsaMania: Doc ? C’est grave?

La SalsaMania: Doc ? C’est grave?

Cet article va te prendre 10 minutes de lecture, te voilà prévenu lecteur, retourne travailler ou danser si tu n’as pas le temps.

woman

Un matin, je me réveille telle une princesse dans un champ de roses et je m’aperçois que j’ai mal partout et que je suis bloquée. En plus j’ai des gros ronds rouges sur les pieds. Je hurle et je lâche un « Oh p’tain de m**** J’vais mourir. ».

Mon premier réflexe est d’aller sur le site Doctissimo.

On y parle de Lupus.

 LUPUS

 Comme dans Docteur House.

 PANIQUE A BORD.

dr House

C’est là que je réalise que je viens de voir le dernier épisode du Docteur House : l’épisode 177 de la saison 8.  Je vais donc mourir car le Docteur House n’exerce plus.

Je décide de raisonner en adulte et je tape sur Google « Mourir en dignité avec un lupus ».  Finalement, je me dis que je suis encore jeune, et que mourir avec un Lupus ce n’est pas top. Je préférerais par exemple avec un Manu ou un Alex. Ou alors un Samba, par rapport à mon fantasme des blacks baraqués.

 Je continue alors mes recherches qui me mènent sur des sites de Yoga. Le Yoga, c’est quand même plus cool que le Lupus. Je décide donc de faire quelques exercices.

C’est ainsi que je me suis retrouvée les bras coincés au-dessus de la tête avec un torticolis. Sachez que cette position n’est pas très pratique, sauf si:
– tu te fais agresser par un individu qui te crie « haut les mains »,
– tu sers d’épouvantail dans un champ de maïs,
– ou tu fais atterrir des avions.

Je me résous donc à appeler mon médecin.

Inutile de vous dire combien j’ai galéré pour l’appeler. J’ai finalement réussi à le faire en mettant de côté toutes notions de dignité primaire.

Sa secrétaire me donne un rendez-vous. Arrivée dans la salle d’attente, le silence est roi. Nous ne sommes que deux, un monsieur d’environ 156 ans et moi-même. 

Une dame rentre dans la salle d’attente, me regarde puis lorgne ma place. C’est vrai que j’ai choisis la place stratégique, à côté des toilettes et des revues. Je choisis toujours des places judicieuses depuis que je fais de la salsa. On ne sait jamais ce qui peut se passer. Par exemple un bon danseur qui arrive et m’invite. A ce moment-là, en me réfugiant dans les toilettes, je suis sauve.

 –          Je fais de la chimiothérapie, donc cela m’arrangerait d’être assise à votre place mademoiselle.

 Quel toupet !  Moi aussi je peux me la ramener avec des mots scientifiques et compliqués.

–         Et moi, j’ai un torticolis ! 
 et je surenchéris :  Et je fais en plus de la salsa !

*silence*
*regards*
*silences pesants*

C’est à ce moment-là que le médecin arrive mettant ainsi fin à la culpabilité que je commence à ressentir. 

En me souvenant des épisodes du Docteur House, je lui raconte alors le maximum de détails sur ma vie : mon enfance, mon hamster, Jennifer, mes soirées boom, mon premier copain, mes difficultés en géographie…

 Il m’interrompt pour me demander :

 –       Miss Purple : qu’avez-vous fait hier ?
 –       J’étais en salsa
 –       Vous faites de la salsa ?
 –       Oui, j’ai découvert çà et depuis je suis devenu accro
 –       Accro ?
 –       Oui j’en fais le plus possible, des cours et des soirées. Et hier, avant la soirée, il y avait des workshops de danses d’Orishas
 –       d’Orisha ?
 –       Oui des danses africaines de demi-dieu. J’imite d’ailleurs à la perfection le poulet. C’est mon truc le poulet. Et puis il y avait aussi de la rumba et de salsa con reggaeton. Après il y avait une grande soirée salsa. Je me suis fait marcher dessus par une connasse aux talons de 20 cms de haut…
 –       Ah ben voilà, vous êtes atteinte de la salsamania !
 –       La salsa mania ? C’est grave docteur ?
 –       C’est une maladie horrible qui va  durer toute votre vie.

 Je ne panique pas. Probablement parce qu’il a une certaine expérience dans l’annonce des maladies horribles chroniques qui vont durer toute votre vie (MHCQVDTVV). Comme la fois où il m’avait annoncé que mon acné était « MHCQVDTVV ». En fait, il doit être atteint du syndrome des « MHCQVDTVV ». Je ne le juge pas. J’ai compris le jour où j’ai vu sa femme.

 Puis il me fait une ordonnance pour un kiné spécialisé dans la SM (SalsaMania). Je le quitte, il me sert la main et je vois dans ses yeux : « On se revoit à la morgue. »

Je commence à regretter d’être atteinte de la salsamania.

J’espère que le kiné me rassurera un peu.

Arrivée chez le kiné, ce dernier me crie « AAAH HE ! » en gage de salut et me fait quelques pas de rumba pour me souhaiter la bienvenue. Etant encore totalement bloquée, j’arrive malgré tout à lui répondre par une frappe dans mes mains : un « fly una ».

Puis il me demande de faire quelques exercices de marche et d’équilibre :

 –      Arriba !  Vuelta !  Ok, c’est bon. Sientala s’il vous plait. Effectivement vous êtes bien atteint de SM.
 –      C’est grave ?
 –      Non pas si vous êtes kiné.
 –     Je ne suis pas kiné.
 –      Personne n’est parfait. Mais cette maladie peut quand même vous apporter du positif, même si vous souffrez d’autres choses.

Je connais des personnes ayant de graves problèmes d’articulations ou osseux qui font de la salsa et depuis ils gèrent mieux leurs mouvements et ressentent moins leurs douleurs.
D’autres ont des problèmes de dos ou de blocage de nerfs. Cela ne les empêchent pas d’être de très bons danseurs en salsa et même d’enseigner.
Certains peuvent avoir une déficience visuelle et la salsa leur permet alors de découvrir un nouvel échange avec autrui qui dépasse les barrières de leurs handicap.

Quelque soit l’handicap, la SM peut l’atténuer et enlever son caractère d’exclusion. Parfois même, cette maladie peut faire du handicap une force par un style ou une réceptivité propre. 

La salsamania permet de rencontrer de nouvelles personnes, différentes.
Vous vous enrichissez et pouvez partager nouvelles activités. Et peut-être même contribuer à un bonheur d’un instant d’une personne pendant une danse ?

La SALSAMANIA est la SEULE MALADIE qui RASSEMBLE les personnes quelque soit LEURS DIFFÉRENCES  et leurs permettent ainsi un échange entre-eux d’une sincérité, d’une pureté et d’une richesse importante. Elle réunie les personnes et fait fi de tout ce qui est superficiel pour ne s’intéresser qu’à ce qui est important, à la valeur des choses, à la connexion et à l’échange pendant la danse.

Et puis, la SM vous fait faire de l’exercice, gagner en estime de soi, en confiance… Vous gardez un corps jeune ! Regardez tous ces artistes qui viennent dans les festivals de salsa, certains ne sont plus tout jeunes et ils sont capables de faire des trucs impressionnants… La SM fait travailler tous les membres de votre corps que vous voulez de façon très diversifiée. En  plus elle fait aussi travailler vos neurones, votre esprit !

Quant à vos points rouges sur les pieds, ce sont les marques de talons. Prenez le coté positif, cela vous fait des tatouages gratuits. Ne vous plaignez pas, c’est la grande mode et des gens sont prêts à dépenser des fortunes pour se faire graver des ronds.

Ma douleur au pied me sort  de ma léthargie…   Au moins, sur les pistes de danse, on ne parle pas autant.

–  Mais on dirait que j’ai la varicelle ! Tout le monde me fuit !

– Oui c’est moche la varicelle. Mais vous avez de la chance, je peux vous masser afin de rendre vos souffrances moins douloureuses.

 Il me demande de ne pas me crisper. Ce qui a pour effet de me rappeler que j’avais oublié de me crisper.

 JE ME CRISPE et je pense à la  passe la Copelia.

 Au bout de quelques minutes, je commence à m’endormir quand brusquement une douleur vive me réveille: une vertèbre qu’apparemment il affectionne particulièrement.

Un peu avant que je ne tombe dans les pommes, en essayant de faire rentrer ma 4ième vertèbre dans mon pied droit en passant par mon téton gauche, il s’arrête. Enfin.
Sachez que depuis que je fais de la salsa mon téton gauche mène une vie difficile, les mâles y laissent leur doigt pendant les enroscate. Un jour il en aura marre et laissera une lettre sur la table en disant : « Miss Purple, Ciao!  Signé : le téton gauche ». Je perdrai alors une grande partie de ma féminité et je devrai alors aller dans un couvent. 

C’est là que je comprends que le kiné, personne qui te fait croire qu’il a fait des études supérieures,  utilise en fait la méthode bien connue des Bronzés Font Du Ski : faire mal à un endroit où tu n’avais pas mal afin de faire oublier là où tu avais mal.

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 La séance se finit et à ma grande surprise je vais repartir en un seul morceau.
C’est à ce moment-là que j’apprends que mon docteur m’a prescrit 15 séances. J’ai clairement un problème de karma.

En partant le kiné me donne l’adresse d’un spécialiste qui officie dans une association pour les gens qui sont atteints de SM. Elle s’appelle « Les Danseurs Anonymes ». 

J’acquiesce et le remercie.  Il est en train, peut-être, de me sauver la vie, de me sauver de la salsamania.

Puis il me sert la main et me fait un enchufa.

Arrivée chez les Danseurs Anonymes,

je m’aperçois que je ne suis pas la seule malade. Il y a SIX autres personnes, chacune portant un masque un peu comme lors des soirées salsa, ainsi qu’un perroquet dans une cage.

Le tarif est de 50€ la demi-heure. Mais sachez que pour ce prix-là vous avez droit à tous les magazines Closer des 5 derniers mois. Je les feuillette tous, rapport sur le retour à l’investissement.

Le chanteur spécialiste arrive, on se met en ronde. Le stress monte, je m’imagine une rueda où je vais devoir enchaîner les kentucky.

Chacun parle de son addiction. Les cas sont plus ou moins graves.

 Cette femme qui a dû rompre car son copain enchaînait les soirées salsa et choppait.
–  Il prétendait qu’il avait besoin de se changer les idées.  Il n’en pouvait plus de sa vie de famille avec nos enfants. Il approchait de la cinquantaine. Il voulait aller danser, respirer, se sentir « jeune ». J’ai commencé à avoir des doutes quand il se trompait sur mon prénom. Il prétendait que c’était la fatigue, le stress du boulot. J’étais hélas la dernière au courant. Tous les gens de cette p***** ** ****  ** ***** * *** ** salsa le savaient avant moi. Quand je sors, j’ai peur de tomber sur quelqu’un qui fait de la salsa et de voir dans son regard  » La p’vre, tout le monde le savait sauf elle ».  Ma famille est détruite.

Une jeune fille a son tour prend la parole :
–          Cela fait depuis 5 ans que je fais tapisserie dans les soirées salsa. Je n’en peux plus. Les gens ne me regardent même plus. Je fais partie des meubles. Certains s’assoient même sur moi croyant que je suis une chaise rembourrée.

Une autre femme raconte son expérience :
 –          à chaque fois que j’ouvre une porte, je fais un de li que no. Rien de grave jusqu’au jour où j’ai emprunté une porte tourniquet.  J’ai ai laissé une jambe. Mais je relativise, ma meilleure amie à failli être décapitée par un danseur lors d’une passe.

Le chirurgien qui ne peut s’empêcher de faire des pas de sueltas pendant ses opérations ainsi que quelques frappes dans les mains, ce qui rend le taux de réussite de ses interventions aléatoires.
–         Comme musique de fond, on met de la Timba. C’est super entraînant, celà me donne du peps.  Mais du coup les patients n’arrivent pas à s’endormir. Et quand ils crient ils ne le font pas sur le rythme de la clave. Celà me déconcentre et parfois je commets ainsi quelques erreurs. 

Un ancien physicien de la NASA qui s’était fait virer pour faute grave car il oubliait systématiquement le 4 et le 8.

 

L’ex alcoolique qui est passé des alcooliques anonymes à celui des danseurs anonymes car maintenant il n’arrive pas à s’empêcher de boire des mijotos et de danser. Alcoolique et être atteint de salsamania : difficile pour un seul homme.

Le chef cuisto qui a remplacé sur sa carte « mijoté de veau » par  « mojito de veau  » pour finir par un mojito tout court qui  a pour effet de lui enlever toutes ses étoiles au Michelin et conduit à la faillite.

Enfin, le cas le plus grave, celui de cette mère de famille qui a du revendre en Ukraine ses enfants car elle ne pouvait plus s’en occuper pour aller en soirée salsa. Elle a profité ainsi de la place de leurs chambres gagnée pour y mettre son dressing salsa : robes et chaussures. Une très belle collection qui fait quelques jalouses.

A mon tour je raconte ce que je vis, masquée comme tous le monde

Je parle salsa à tout le monde, y compris à mes amis qui n’aiment pas ça ainsi qu’à mon chat. Du coup, je n’ai presque plus d’amis « hors salsa » et mon chat s’est cassé chez la voisine.

Je danse la salsa sur n’importe quel type de musique et n’importe où. Il n’est pas rare que j’esquisse quelques pas devant le rayon de fromages de mon supermarché. Les gens me regardent bizarrement.

Je n’arrive plus à compter au-delà de 8, autant vous dire que quand je fais mes comptes c’est un peu la merde. En plus, la plupart du temps le 4 et le 8 sautent.

J’enchaine les soirées salsa. On me marche dessus. J’ai mal. Mon pied change de couleur.

Des mâles, même casés, viennent me draguer et jouer avec moi un double jeu. Certains profitent de leurs talents de danseurs, de leurs belles paroles réconfortantes ou de leurs fonctions pour arriver à leurs fins. J’ai peur de leur dire non. Certains peuvent être dans le contrôle, le pouvoir et n’ont pas l’air d’être très commodes… Je n’ose pas aller dans certains lieux de soirée salsa isolés, j’ai peur d’être suivie à mon retour, qu’un mâle me colle.

Et comment voulez-vous que je garde un copain dans cet environnement ? Certaines femelles se montrent très entreprenantes, même avec les mecs casés…

Je rentre épuisée, j’ai mal partout. La nuit, je n’arrive pas à dormir…J’entends la voix de mon prof :  «  Le pied avance ! On regarde les gars ! Suis ton bras ! » Mon corps fait machinalement les mouvements, et je me retrouve en bas de mon lit avec un bleu sur la tête et quand j’arrive à dormir je fais des cauchemars. J’imagine mon prof déguisé en poulet annonçant des kentucky…

Et je ne vous raconte même pas lors des soirées libertines où je ne peux pas m’empêcher de crier « dame » sans comp…

 Le spécialiste m’interrompt :

 –       Hum… Hum… Miss Purple, nous avons compris (et oui… en m’emballant mon masque est dans ma main.. Le Karma… encore lui…)

–        Ce que je veux dire, c’est que j’ai BESOIN DE VIVRE NORMALEMENT pendant quelques mois.

C’est-à-dire pouvoir de nouveau REVOIR MES AMIS que je côtoyais avant. Car,  paradoxe, je vois bien plus souvent les gens en salsa que finalement je ne connais pas.

J’aimerai aussi pouvoir  me faire des plateaux TV devant Le Journal De Bridget Jones,

Refaire des loisirs et passions que j’avais avant comme  faire des SCHTROUMFS EN PÂTE DE SEL ;

Et surtout  ÉLEVER MES ENFANTS, mais aussi DORMIR et TROUVER UN JOB. Car comprenez-moi, je ne peux pas faire kiné.

Le spécialiste me regarde et me dit

 –  Miss Purple, ne vous inquiétez pas. Il est très facile de remplir vos objectifs en étant atteint de la salsamania.
Coupez le son de votre téléviseur pour mettre  de la salsa pendant votre  plateau TL en regardant le Journal De Bridget Jones ;
Emmenez vos enfants en salsa et  ainsi plus problème de garde, et peut être même que vous pourrez faire une mini rueda.
Et enfin,  quant au job,  faites  PROF DE SALSA !

La salsa a aussi une grande particularité : celle de pouvoir vous changer, notamment par vos fréquentations.  N’oubliez pas qu’il y a de tout dans la salsa. Des gens peuvent se montrer très manipulateurs et profiter de vous. L’habit ne fait pas le moine. Observez, n’acceptez pas n’importe quel comportement. Même si la personne a de belles paroles, utilise son statut personnel, professionnel ou ses capacités de bon danseur. Certains et certaines y ont laissé des plumes…
Par contre, quand à la problématique de ne plus revoir vos amis que vous côtoyez avant et de ne plus avoir le temps, la seule solution est d’attendre les vacances scolaires où il n’y a pas de cours de salsa.

 Il se met à rire.  Tout le monde rit. Le perroquet aussi. Je pense que je suis foutue.

plumes salsa

Purple’ment Vôtre
Miss P.

3 Comments

  1. Pam Pril · 12 mars 2014 Reply

    je ne sais pas qui est Miss Purple. Je serais trop déçue d’apprendre qu’elle est humaine 🙂

  2. Alex Sals'Heroes · 6 mars 2014 Reply

    « Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.  »

    Ou pas ?

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